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Les vétérinaires, les chats et le web 2.0 : interview de Nicolas Vedrenne, fondateur de vetideo.fr

Depuis que j’écris sur biogeekblog, je n’avais pas eu l’occasion d’aborder le domaine de la santé animal et la place qu’y occupent les médias sociaux.

Si ce n’est pas évident de prime abord, la santé animale est un domaine étroitement lié à la santé humaine, on se souvient par exemple que la grippe A était qualifiée de « porcine » au début de la crise.

Une des particularités  du domaine la santé animale et de la médecine vétérinaire est à mon sens que le concept de patient connecté au net ne s’applique pas (même si les réseaux sociaux d’animaux de compagnie sont bel et bien une réalité…) et que la notion d’e-patient est un des leviers, si ce n’est le levier majeur, du développement de la médecine 2.0.

Néanmoins, les vétérinaires peuvent bénéficier dans leur pratique quotidienne des apports du web social, et c’est de cette idée qu’a émergé le site communautaire vetideo.fr, pionnier dans le domaine en France.

Vetideologo

Pour en savoir plus, j’ai interrogé Nicolas Vedrenne, fondateur de Vetideo sur son projet et sur sa vision de la médecine vétérinaire 2.0 … et aussi sur le mystère de l’omniprésence des chats sur le net ;)

L’avis d’un spécialiste me semblait essentiel pour tenter de comprendre ce phénomène !


– Peux tu te présenter et présenter vetideo.fr ? ainsi que ton rôle dans le projet ?

Je suis Nicolas Vedrenne, vétérinaire praticien de 33 ans installé depuis 7 ans.
Je suis associé dans Vetideo avec Fabrice Gras, vétérinaire praticien également.
Vetideo est le premier espace communautaire vétérinaire, permettant aux praticiens d’y découvrir l’actualité généraliste, professionnelle ou de loisir, faite par eux pour eux.
Cet espace se veut un environnement collaboratif sur le modèle de sites d’informations tels slate.fr ou lepost.fr.

– Quelles sont les origines du projet et constats qui ont conduit à cette idée ? Comment le projet a t il été conçu et développé ?

Notre profession, culturellement communautaire (ordre national, syndicats, écoles peu nombreuses) est, en pratique, paradoxalement assez personnelle et individualiste.
Par ailleurs, l’usage du web y était jusqu’alors particulièrement sclérosé, et réservé à des sites institutionnels.
La réunion de ces deux observations nous a amené à proposer à nos confrères un espace récréatif et informatif, animé par tous les protagonistes de la profession, dans un cadre structurel facile d’accès et pas esthétiquement rébarbatif.
Le site est animé par une plateforme WordPress dont nous avons confié l’élaboration à l’agence Colorz, dont j’avais apprécié le travail sur le blog de Monsieurlâm. Leur dernier projet, amené sur le devant de la scène par l’actualité du web, est le blog de Nathalie Kosciusko-Morizet.
Après une phase de test de quelques mois, nous avons « officiellement » lancé Vetideo en septembre dernier.

– Quel est le « business model » de vetideo.fr ?

Pour l’heure, nous avançons sans réel business plan. Nous avons créé une petite SA dans laquelle nous avons investi nos deniers personnels, pour la création, la mise en ligne et l’hébergement du site.
Le projet, naïvement utopiste, est avant tout de proposer à nos confrères un espace récréatif et participatif.
Néanmoins, dans l’idée de récupérer notre mise, et pourquoi pas, de « professionnaliser » certaines publications à la pige, nous envisageons trois postes rémunérateurs :
La publicité d’abord, présente sur chaque page du site, avec plus ou moins de visibilité selon les univers.
Des publi-rédactionnels, laissés à la disposition des labos qui acceptent ici de publier leur communiqué de presse, de nous faire part de leurs nouveautés ou de leurs plans médias.
Enfin, un espace de ventes sélectionnées dont le but premier est de faire partager nos meilleures opportunités à la communauté, dans des domaines très variés (vins, matériel professionnel, high tech etc …). La petite commission gardée sur ces ventes représente la dernière source potentielle de revenus.

cap_Vetideo

– Comment vois tu le futur du web vétérinaire et plus généralement celui du web santé ?

La communauté vétérinaire française est assez sclérosée quant à son ressenti du web.
C’est d’ailleurs intéressant, dès lors que tout reste à faire !
Twitter, par exemple aurait pu être une opportunité géniale pour échanger des cas cliniques, ou pour laisser la possibilité à des collaborateurs de postuler, mais le fait est que malgré le battage énorme qui entoure ce réseau, seuls quelques vétos l’utilisent … (dont moi !).
Le futur du web vétérinaire est donc, selon moi, collaboratif (pour publier facilement et sans contrainte), communautaire (avec l’aide d’outils appropriés et simples, dont Twitter), et formateur (quelques sites de formation à distance, très rudimentaires, voient le jour).
Ce futur « idéal » n’est pas si lointain, tu le remarques, du web santé actuel où l’usage des outils communicants, et des sites d’information et de formation, est déjà assez diversifié.

– Quelles sont les particularités et contraintes du web vétérinaire qui le rendent différent du web santé humaine ?
Sa première grande particularité est représentée par ses utilisateurs, qui en plus d’être moins nombreux (environ 15 000 vétérinaires praticiens en France), sont assez encrés dans une attitude individualiste, et souvent, sclérosée à l’égard des moyens de communications récents… Pour exemple, je m’étais aperçu qu’une proportion conséquente de praticiens interrogés il y a un an ou deux m’avait répondu qu’ils n’étaient pas connectés à internet sur leur lieu d’exercice, par peur des attaques extérieures (virus, pirates etc) -SIC-. Tu remarques qu’on retrouve dans cette crainte, celle qui accompagnait il y a 15 ans l’avènement d’internet.
Enfin, l’attitude du vétérinaire est caricaturalement plus « pratique », au sens « praticien » du terme. Son envie de publier et d’être lu, fusse-ce pour des cas particulièrement pertinents, est modeste et peu stimulante.
Néanmoins, les signes rassurants d’une prise d’intérêt pour l’actualité du web santé par les protagonistes du monde véto sont présents, et me laissent croire en l’avenir du web vétérinaire.
D’ailleurs, Vetideo a recueilli en 2 mois, environ 300 inscriptions, ce dont nous nous satisfaisons, dans ce contexte particulier !

– Question subsidiaire : comment expliques tu l’emprise grandissante des félins sur le web (LOLcats et autres ?)

Le chat qui LOLe est une bonne vieille image d’Épinal … En fait pas mal d’illustrations anciennes les représentent déjà dans des positions… drôles.
Leurs particularités physiques, leurs expressions faciales, et leur nonchalance légendaire font d’eux les protagonistes parfaits du port de chapeau ou du croquage de cheeseburger.
Ceci dit, il a fallu que les praticiens se tiennent au courant de ce mouvement récent, qui nous est souvent rapporté en consultation !

————–

Merci à Nicolas !

Son compte, à suivre sur twitter : @leveto

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