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Articles de la catégorie ‘hopital’

Dr. House, éthique et formation médicale

Les médecins sont présents sur le web… mais pas que !

Ils sont également très populaires sur le petit écran, les séries médicales connaissent un vrai succès, en mettant en scène des situations médicales très réalistes, et en donnant des rôles héroïques à ces hommes et femmes en blanc dont le langage et les us et coutumes restent dans l’ensemble obscurs pour le patient téléspectateur.

Deux informations récemment repérées sur le web posent la question de la réalité médicale des situations rencontrées dans ces séries.

Dans cet article, repris par le NewScientist, Matthew Czarny, étudiant en médecine et bioéthique à la Johns Hopkins University de Baltimore, a examiné le comportement des personnages de Dr. House et de Grey’s Anatomy au regard de l’éthique professionnelle, et les conclusions ne plaident pas en faveur des deux séries, dont 46 épisodes ont été passés au crible : pas ou peu d’information et de recherche de consentement des patients préalables aux actes médicaux, non respect du secret médical, recours à des techniques de soins expérimentales… sans parler des comportements (hum…) « inappropriés » au sein du corps médical ou entre médecins et patients !

A suivre, les travaux de Matthew Czarny qui porteront sur l’impact des séries médicales sur les patients, sur leur comportement et sur leur perception du monde médical.

Les comédiens prennent néanmoins très au sérieux les rôles qui leur sont confiés et le travail de préparation en amont est essentiel pour donner cette touche de réalisme appréciée des spectateurs.

A ce sujet, Hugh Laurie, alias Dr. Gregory House, avoue dans le numéro de mars 2010 d’Entertainment Weekly avoir recours au web pour sa « formation médicale » et notamment à l’excellent moteur de recherche Novoseek qui lui permet d’aborder sereinement son rôle tout en maîtrisant la littérature scientifique sur les thèmes de l’épisode à venir. Une information repérée sur le blog de Novoseek, qui bénéficie avec cette interview d’un coup de pouce mérité, de la part de l’acteur star de Dr. House !

Comment exercerez vous la médecine en 2015 ?

… c’était le titre un peu ambitieux de la session du Médec 2010 consacrée à la e-santé, hier mercredi 17 mars.

Ambitieux aux dires même de Dominique Lehalle, l’animatrice de cette session parrainée par l’Agence des Systèmes d’Information Partagés de santé, ou ASIP Santé (ex-GIP DMP), puisqu’en 1h30 il était entendu qu’il serait impossible de cerner l’exercice de la médecine en 2015 et de proposer une visite du « cabinet médical du futur »*.

Salle comble au début (moins à la fin) de cette session e-santé donc, au cours de laquelle ont été abordés les thèmes concourant à créer un environnement favorable aux solutions de télémédecine et e-santé :

  • Contraintes démographiques : moins de médecins et des manières d’exercer la médecine qui évoluent (regroupement, partages des tâches), une population vieillissante et une augmentation de la part des maladies chroniques…
  • Contraintes économiques : un système de santé déficitaire, des choix à faire en terme de rémunération des actes médicaux…
  • Demande sociétale grandissante d’accès aux soins, aux services et biens de santé, le patient au coeur et véritable acteur « prescripteur » du système de santé…
  • Contexte réglementaire en évolution (loi HPST, ARS, maisons de santé…) et volonté politique de développer l’e-santé en France…

Cependant des obstacles restent encore à lever : optimisation des systèmes d’informations, de leur interopérabilité, permettant que les données soient partagées entre tous les acteurs, en ville et à l’hôpital. De plus la question du business model et des ressources que les pouvoirs publics sont prêts a consacrer aux solutions de télémédecine est à nouveau posée : les temps actuels sont peu propices aux investissements et plutôt à la maîtrise des coûts de santé.

En guise d’illustration, on retiendra la présentation du dispositif Intel Health Guide, de suivi à domicile de patients âgés chroniques, basé sur une interface localisée au domicile, permettant un monitoring à distance du patient accompagné de programmes d’éducation thérapeutique.

Ce dispositif a été déployé en dans le Lothian, en Ecosse, sous l’égide de la branche locale du NHS, en phase pilote auprès d’une cohorte de 30 patients, visant à tester l’adhésion à ce type de solution de télémédecine.

A voir pour comprende, cette vidéo, projetée durant la session, présentant le dispositif et le retour des différents intervenant y ayant pris part (avertissement : bonnes connaissances de l’anglais avec fort accent écossais requises pour comprendre toutes les subtilités de l’appréciation : ) )

Tous ce dispositif est marqué CE, et sera disponible en France à la mi 2010.

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* à ce sujet et en mode ‘retour vers le futur’, il est toujours plaisant de trouver sur le web, des archives datant de 1999 (ce qui à l’échelle du web correspond à peu près la sortie de la pré-histoire), janvier 1999 donc et ce colloque au titre prometteur : L’Informatisation du Cabinet Médical du Futur.

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Plus de sujets e-santé sur biogeekblog.

Sanoia, la fiche santé en ligne : interview de Adam Mohammed Selamnia

Je parlais dans mon post précédent de la tendance, en terme d’interface santé / nouvelles technologies, des dossiers médicaux électroniques. Un grand nombre d’acteurs se positionnent en effet pour proposer des applications en ligne, utiles pour les patients et les professionnels de santé, garantissant le respect des données personnelles et facilement accessibles par les professionnels de santé pour améliorer les soins de routine ou en situation d’urgence.

Suite à ce post, qui mettait en avant des sociétés nord-américaines, Adam Mohammed Selamnia a réagi sur twitter pour signaler l’existence de l’initiative française, Sanoia.com, de fiche santé en ligne utilisée particulièrement en situation d’urgence, moment critique durant lequel l’accès aux données médicales du patient est essentiel pour bien orienter la prise en charge.

Adam s’est prété au jeu de l’interview afin de présenter dans le détail Sanoia, et je l’en remercie !

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– Peux tu te présenter et présenter Sanoia.com, ainsi que ton rôle dans le projet ?

Je suis Adam Mohammed SELAMNIA. Je suis consultant en Marketing & Santé depuis près de 10 ans et co-fondateur de l’Association pour l’Innovation en situation d’Urgence (AIMSU) et du site Sanoia.com avec Hervé SERVY (Président de l’AIMSU et ex-Directeur Marketing EMEA chez Microsoft) pour lequel je participe en qualité de Directeur Scientifique. Au sein de l’AIMSU nous avons un comité scientifique de plus de 20 médecins en charge de la production de la matière médicale pour Sanoia.com. Par ailleurs, nous avons dans notre équipe des spécialistes de l’IT et collaborons avec des instituts de recherche sur les notions d’anonymat et d’Identité Numérique.

Sanoia.com permet à chacun de disposer sur Internet de sa «fiche-santé ».
Anonyme et gratuite, cette fiche récapitule les informations médicales essentielles à une prise en charge en urgence : antécédents médicaux, traitements suivis, maladies chroniques, vaccins, allergies… Elle est accessible à tout médecin, en France et à l’étranger, 24h/24 et maintenant en plusieurs langues, grâce à un numéro sécurisé que le titulaire de la fiche conserve sur lui. En prenant ainsi connaissance du profil médical de leur patient, les médecins – notamment les urgentistes – peuvent alors améliorer leur prise en charge. La Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) a accompagné Sanoia et a conclu à son strict respect de la vie privée grâce à son anonymat innovant.

C’est donc clairement un outil Santé 2.0 qui place l’individu qu’il soit sain ou souffrant d’une pathologie au centre du dispositif et qui en fait le propriétaire et le responsable de ses données de santé. Il accompagne donc les changements sociétaux caractérisés par l’appropriation par le patient des ses informations personnelles tout en lui procurant une forte et absolue garantie de confidentialité.

– Quelles sont les origines du projet et constats qui ont conduit à cette idée ? Comment le projet a t’il été conçu et développé ?

L’équipe est née en 2008 du constat médical suivant : Pour près de 2 personnes sur 3, l’absence d’informations médicales sur le patient lors d’un acte médical est responsable d’une forte iatrogénie (300 000 accidents par an en France et plus de 10 000 décès).

De plus, les causes médicales sous-jacentes sont en augmentation :
· vieillissement de la population appelant de facto une plus grande médication source d’interactions,
· prévalence des pathologies chroniques qui impactent le choix d’un traitement,
· plus grande mobilité voire nomadisme médical (consulter plusieurs médecins) empêchant le professionnel d’avoir une vision globale du patient…

Enfin, tous ces phénomènes se trouvent amplifiés en situations d’urgence lorsque le temps presse pour prendre les bonnes décisions et que les informations disponibles sur le patient sont inexistantes (près de 80% des situations…).

Mais consciente que l’information médicale peut être une source d’indiscrétion, d’inquiétudes quant à sa vie privée, voire de ségrégation, et que nulle technologie « internet » ne pouvait à priori être fiable, notre équipe a rapidement compris qu’il fallait revoir les axiomes de l’identification des individus.
Nous avons décidé ensemble d’explorer de nouvelles pistes de gestion de l’information médicale.
Quelques mois plus tard, Sanoia, le premier service de fiche santé anonyme d’urgence est né…

Le projet est exploitée par une association soutenue par des structures publiques de valorisation de la Recherche (Incubateur Belle de Mai). Nous avons adopté dès le départ un développement itératif en associant médecins généralistes, médecins urgentistes et patients. La version actuelle concentre plus d’un an de mise au point et essais en conditions réelles. A ce jour nous avons déjà plus de 10 000 personnes enregistrées dans Sanoia et le site a reçu en décembre 2009 le trophée du Meilleur Site Web Santé, dans le cadre du colloque « Médias et santé » organisé en décembre 2009 à Marseille par le quotidien La Provence et l’Université de la Méditerranée.

– Quel est le « business model » de sanoia.com ?

L’association propose via une structure privée sise à l’incubateur Belle de Mai, des services informatiques d’intégration.
En effet des acteurs de la donnée médicale (hôpitaux, éditeurs de logiciels médicaux) sont interessés pour s’intégrer à Sanoia afin de nous déposer une partie de leurs données pour offrir un nouveau service au patient.

Basé sur l’Open source, les services de base sont gratuits pour le patient. A terme et afin d’être rentable, il n’est pas exclu de développer des services complémentaires et optionnels payants à valeur ajoutée. Le modèle économique est donc celui d’un freemium de type indirect à court terme (gratuit pour le patient pour les options de base, payant pour les partenaires institutionnels ou privés) et freemium de type direct à plus long terme (gratuit pour le patient pour les options de base, et payant pour les options complémentaires).

De plus avec l’arrivée prochaine du Dossier Médical Personnel, nous voyons là des pistes prometteuses d’intégration et une accélération de l’informatisation de la médecine. Car Sanoia n’est aucunement un concurrent au DMP mais un complément circonstancié aux urgences et à l’accès international.

– Comment vois tu le futur des données médicales en ligne et plus généralement celui du web santé ?

La donnée médicale est particulière car c’est la seule donnée que nous ne choisissons pas et dont nous ne prenons pas le risque de transformer car si l’internaute a plusieurs vies sur le web, les informations relatives à sa santé ne peuvent être que réelles. Cette donnée médicale est très dangereuse si elle est utilisée à des fins de « recoupement » car notre état de santé peut influencer une grande partie de nos actions civiles, administratives, financières, consommatrices… Comme le dit JY Robin de l’ASIP, « rien ne se fera s’il n’y pas de confiance. Et la confiance en matière de santé passe par des garanties éthiques très fortes. »

C’est pour cela que notre premier soutien, et nous en sommes très heureux, fut le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) qui nous demanda d’apporter notre éclairage en 2008 pour illustrer leur rapport sur le DMP et les risques éthiques…

Quant au web santé, il est évident qu’il va continuer à influencer et modifier grandement la relation médecin / patient.
S’il ne la remplacera pas, cela va à mon avis dans le bon sens car il permet au patient d’être mieux informé et de devenir plus acteur de sa santé. Par contre dans tout nouvel usage, des excès sont classiques au début (forums trop alternatifs, consultation médicale à base de quizz….), mais au final cela se stabilise vers une situation en générale équilibrée et saine …

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Je complète les propos d’Adam par une vidéo tirée du youtube de Sanoia.

Dans la peau d’un urgentiste : immersion dans le serious game santé Pulse!!

J’ai participé hier, en compagnie d’autres blogueurs du monde de la santé et des jeux videos, à la démonstration du serious game santé Pulse!!,  et ai pu m’immerger dans la peau d’un urgentiste pendant quelques minutes dans l’environnement d’un service d’urgences reproduit en 3D selon un scénario de prise en charge en temps réel d’un patient en situation critique.

Selon wikipedia :

Un jeu sérieux (souvent désigné par l’expression anglaise serious game : de l’anglais serious, « sérieux » et game, « jeu ») est une application informatique qui combine une intention sérieuse, de type pédagogique, informative, communicationnelle, marketing, idéologique ou d’entraînement avec des ressorts ludiques issus du jeu vidéo ou de la simulation informatique. La vocation d’un Serious Game est donc de rendre attrayante la dimension sérieuse par une forme, une interaction, des règles et éventuellement des objectifs ludiques.

Pulse!! est un serious game développé par Breakaway, en partenariat la Texas A&M University de Corpus Christi, intégré et distribué en France par Interaction Healthcare.

Ce jeu a été soutenu pour sa conception par une subvention de la marine US et a pour vocation d’être un outil de formation initiale et continue, et également de validation des acquis, des urgentistes civils ou militaires, de manière à les préparer à des situations de crises ou d’urgences exceptionnelles, comme par exemple une intervention très réaliste en zone de combat, sous le feu ennemi.

Derrière un PC classique, clavier et souris – rien de plus – vous vous retrouvez à la tête d’une équipe de soignants, à mettre en oeuvre vos talents de diagnostic et de soin, en situation d’urgence, selon des scénarii de cas cliniques pré-établis.

Tout y est : examen clinique, très réaliste, historique du patient, constantes physiologiques, biologie, administration de médicaments… l’horloge tourne, des décisions doivent être prises et le patient réagit, plus ou moins bien, à ces décisions et actions (plutôt pas très bien pour ma tentative).

La prise en main s’avère plutôt facile, l’évolution dans l’environnement et les interactions avec les différents personnages sont fluides et deviennent rapidement naturels, même si bien sûr, le jeu s’adresse à un public possédant une formation médicale solide, qui seul pourra exploiter au maximum les possibilités de simulation.

Reste maintenant à voir comment le corps médical, en France, jouera le jeu et s’appropriera cet outil de formation, sachant que Pulse!! pour l’instant n’est opérationnel que dans sa version adaptée à l’environnement professionnel US  (locaux, équipements, procédures…), mais que les premiers retours dans le monde hospitalier semblent positifs.

Pulse!! constitue un modèle intéressant et poussé des possibilité du serious gaming en santé, secteur déjà par ailleurs exploré pour la formation des professionnels ou la prévention santé dans le grand public.

Hôpital et web social : en Europe aussi

Je faisais la semaine dernière référence au travail d’Ed Bennett qui suit la présence des hôpitaux aux États Unis sur les médias sociaux.

Thiphaine s’interrogeait dans un commentaire sur une vision française de la question.

Un début de réponse peut être obtenu sur le blog European Hospitals qui est le pendant européen de l’Hospital Social Network List d’Ed Bennett.

Comme Lucien Engelen l’explique sur ce blog, le but est de transposer l’analyse aux hôpitaux européens, néerlandais en tête, et d’assurer un suivi de l’engagement des établissements dans le web social :

Inspired by the American list of Hospitals of @edbennet i’ve started this list. At first to chart the Dutch Hospitals, secondly i thought it might be  a good idea the also give possibility to point to other European Hospitals and update on a quarterly basis

L’état d’avancement du projet en vidéo…

A retenir :

– 2800 hôpitaux européens  sont passés en revue dans cet état des lieux

– Ce sont les hôpitaux suédois qui sont les plus engagés dans le web social avec 11% d’entre eux publiant des fils RSS et 4% des blogs, suivi des hopitaux espagnols et danois.

– Les hôpitaux britanniques et néerlandais se démarquent par leurs présences sur une variété plus large de plates-formes sociales, dont les plates-formes vidéo

– Le secteur hospitalier français fait lui un usage très réduit du web social, seul est référencé dans l’étude le centre hospitalier de Rouffach en Alsace qui publie un blog pour les 100 ans de l’établissement. Sur ce point, le site hopital.fr de la FHF (voir mon post à l’occasion de son lancement), orienté grand public, n’est pas référencé.

Les résultats préliminaires de cette étude seront publiés à l’occasion de la conférence ReShape 2009, à Nijmegen, aux Pays Bas, les 12 et 13 octobre prochain.