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Articles Tagués ‘DMP’

Sanoia, la fiche santé en ligne : interview de Adam Mohammed Selamnia

Je parlais dans mon post précédent de la tendance, en terme d’interface santé / nouvelles technologies, des dossiers médicaux électroniques. Un grand nombre d’acteurs se positionnent en effet pour proposer des applications en ligne, utiles pour les patients et les professionnels de santé, garantissant le respect des données personnelles et facilement accessibles par les professionnels de santé pour améliorer les soins de routine ou en situation d’urgence.

Suite à ce post, qui mettait en avant des sociétés nord-américaines, Adam Mohammed Selamnia a réagi sur twitter pour signaler l’existence de l’initiative française, Sanoia.com, de fiche santé en ligne utilisée particulièrement en situation d’urgence, moment critique durant lequel l’accès aux données médicales du patient est essentiel pour bien orienter la prise en charge.

Adam s’est prété au jeu de l’interview afin de présenter dans le détail Sanoia, et je l’en remercie !

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– Peux tu te présenter et présenter Sanoia.com, ainsi que ton rôle dans le projet ?

Je suis Adam Mohammed SELAMNIA. Je suis consultant en Marketing & Santé depuis près de 10 ans et co-fondateur de l’Association pour l’Innovation en situation d’Urgence (AIMSU) et du site Sanoia.com avec Hervé SERVY (Président de l’AIMSU et ex-Directeur Marketing EMEA chez Microsoft) pour lequel je participe en qualité de Directeur Scientifique. Au sein de l’AIMSU nous avons un comité scientifique de plus de 20 médecins en charge de la production de la matière médicale pour Sanoia.com. Par ailleurs, nous avons dans notre équipe des spécialistes de l’IT et collaborons avec des instituts de recherche sur les notions d’anonymat et d’Identité Numérique.

Sanoia.com permet à chacun de disposer sur Internet de sa «fiche-santé ».
Anonyme et gratuite, cette fiche récapitule les informations médicales essentielles à une prise en charge en urgence : antécédents médicaux, traitements suivis, maladies chroniques, vaccins, allergies… Elle est accessible à tout médecin, en France et à l’étranger, 24h/24 et maintenant en plusieurs langues, grâce à un numéro sécurisé que le titulaire de la fiche conserve sur lui. En prenant ainsi connaissance du profil médical de leur patient, les médecins – notamment les urgentistes – peuvent alors améliorer leur prise en charge. La Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) a accompagné Sanoia et a conclu à son strict respect de la vie privée grâce à son anonymat innovant.

C’est donc clairement un outil Santé 2.0 qui place l’individu qu’il soit sain ou souffrant d’une pathologie au centre du dispositif et qui en fait le propriétaire et le responsable de ses données de santé. Il accompagne donc les changements sociétaux caractérisés par l’appropriation par le patient des ses informations personnelles tout en lui procurant une forte et absolue garantie de confidentialité.

– Quelles sont les origines du projet et constats qui ont conduit à cette idée ? Comment le projet a t’il été conçu et développé ?

L’équipe est née en 2008 du constat médical suivant : Pour près de 2 personnes sur 3, l’absence d’informations médicales sur le patient lors d’un acte médical est responsable d’une forte iatrogénie (300 000 accidents par an en France et plus de 10 000 décès).

De plus, les causes médicales sous-jacentes sont en augmentation :
· vieillissement de la population appelant de facto une plus grande médication source d’interactions,
· prévalence des pathologies chroniques qui impactent le choix d’un traitement,
· plus grande mobilité voire nomadisme médical (consulter plusieurs médecins) empêchant le professionnel d’avoir une vision globale du patient…

Enfin, tous ces phénomènes se trouvent amplifiés en situations d’urgence lorsque le temps presse pour prendre les bonnes décisions et que les informations disponibles sur le patient sont inexistantes (près de 80% des situations…).

Mais consciente que l’information médicale peut être une source d’indiscrétion, d’inquiétudes quant à sa vie privée, voire de ségrégation, et que nulle technologie « internet » ne pouvait à priori être fiable, notre équipe a rapidement compris qu’il fallait revoir les axiomes de l’identification des individus.
Nous avons décidé ensemble d’explorer de nouvelles pistes de gestion de l’information médicale.
Quelques mois plus tard, Sanoia, le premier service de fiche santé anonyme d’urgence est né…

Le projet est exploitée par une association soutenue par des structures publiques de valorisation de la Recherche (Incubateur Belle de Mai). Nous avons adopté dès le départ un développement itératif en associant médecins généralistes, médecins urgentistes et patients. La version actuelle concentre plus d’un an de mise au point et essais en conditions réelles. A ce jour nous avons déjà plus de 10 000 personnes enregistrées dans Sanoia et le site a reçu en décembre 2009 le trophée du Meilleur Site Web Santé, dans le cadre du colloque « Médias et santé » organisé en décembre 2009 à Marseille par le quotidien La Provence et l’Université de la Méditerranée.

– Quel est le « business model » de sanoia.com ?

L’association propose via une structure privée sise à l’incubateur Belle de Mai, des services informatiques d’intégration.
En effet des acteurs de la donnée médicale (hôpitaux, éditeurs de logiciels médicaux) sont interessés pour s’intégrer à Sanoia afin de nous déposer une partie de leurs données pour offrir un nouveau service au patient.

Basé sur l’Open source, les services de base sont gratuits pour le patient. A terme et afin d’être rentable, il n’est pas exclu de développer des services complémentaires et optionnels payants à valeur ajoutée. Le modèle économique est donc celui d’un freemium de type indirect à court terme (gratuit pour le patient pour les options de base, payant pour les partenaires institutionnels ou privés) et freemium de type direct à plus long terme (gratuit pour le patient pour les options de base, et payant pour les options complémentaires).

De plus avec l’arrivée prochaine du Dossier Médical Personnel, nous voyons là des pistes prometteuses d’intégration et une accélération de l’informatisation de la médecine. Car Sanoia n’est aucunement un concurrent au DMP mais un complément circonstancié aux urgences et à l’accès international.

– Comment vois tu le futur des données médicales en ligne et plus généralement celui du web santé ?

La donnée médicale est particulière car c’est la seule donnée que nous ne choisissons pas et dont nous ne prenons pas le risque de transformer car si l’internaute a plusieurs vies sur le web, les informations relatives à sa santé ne peuvent être que réelles. Cette donnée médicale est très dangereuse si elle est utilisée à des fins de « recoupement » car notre état de santé peut influencer une grande partie de nos actions civiles, administratives, financières, consommatrices… Comme le dit JY Robin de l’ASIP, « rien ne se fera s’il n’y pas de confiance. Et la confiance en matière de santé passe par des garanties éthiques très fortes. »

C’est pour cela que notre premier soutien, et nous en sommes très heureux, fut le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) qui nous demanda d’apporter notre éclairage en 2008 pour illustrer leur rapport sur le DMP et les risques éthiques…

Quant au web santé, il est évident qu’il va continuer à influencer et modifier grandement la relation médecin / patient.
S’il ne la remplacera pas, cela va à mon avis dans le bon sens car il permet au patient d’être mieux informé et de devenir plus acteur de sa santé. Par contre dans tout nouvel usage, des excès sont classiques au début (forums trop alternatifs, consultation médicale à base de quizz….), mais au final cela se stabilise vers une situation en générale équilibrée et saine …

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Je complète les propos d’Adam par une vidéo tirée du youtube de Sanoia.

Google Health en ligne

Google Health, le service santé de google est en ligne.

Comme attendu, Google Health est un dossier médical personnel géré par le patient et destiné a être partagé avec des institutions et services « partenaires » : hôpitaux (Beth Israel Deaconess Medical Center, Cleveland Clinic), pharmacies (Longs Drugs, Walgreens), laboratoires d’analyses biomédicales (Quest Diagnostics), des « pharmacy benefit managers » (RxAmerica, Medco) et autres services développés autour de la santé (SafeMed, détection de potentielles interactions médicamenteuses, Healthgrades, outils de rating des services de santé).
Ce service est exclusivement réservé aux résidents US, et ne se substitue pas à un avis médical en bonne et dûe forme.
L’intérêt annoncé est celui de la centralisation en ligne et de l’accessibilité permanente de ses données de santé, dans un environnement sécurisé et garantissant la protection de données.

Ce sont bien sûr ces deux derniers éléments qui feront (ou pas) la réussite de ce service.

[via WSJ.com health blog]